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Le blog de Greg LAUERT

mercredi, novembre 21 2007

American Gangster

Ridley Scott

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mercredi, novembre 7 2007

Carnets d’un télécinéphilophage - semaine 1

Et voilà novembre. Les premiers frimas de l’hiver. Ou les suivants de l’automne, c’est selon. On va pouvoir rester chez soi sans scrupule, à mouler dans son canapé, à s’enfiler du DVD.

On a pas attendu les premiers flocons pour s’y mettre, vous me direz, et finalement, les hautes températures étaient une excuse tout aussi bonne pour squatter les salles de cinéma.

Bref.

Finir une saison des Soprano me rend toujours quelque peu dépressif. L’état de manque à venir, peut être. Le révélateur d’une certaine nature, sans doute. Dans cette quatrième saison, Tony est plus humain que jamais. Il a des déboires conjugaux, le pauvre bougre. Et parallèlement, il est plus ambigu et dangereux qu’il ne l’a jamais été. On achève bien les hommes est un épisode mémorable en ce sens.

Trop souvent, on perd de vue la nature du personnage joué par James Gandolfini. Sa bonhommie, sa chaleur, ses angoisses sont trompeuses.

Le père Soprano est un monstre. Quelque part, j’en suis un pour l’aimer autant.

Pour moins gamberger, pour un peu plus de légèreté, je me prescris la quatrième saison de The Office, version Carell.

L’ouverture, les deux première minutes m’ont laissé sur le flanc, giflé par le génie comique des auteurs. Après cinq épisodes, je crains un peu la redite, mais le season premiere est simplement ultime. Une bombe comique qui met à nu le très infantile Michael Scott.

Moi même, je suis un grand gosse, avide de replonger dans mes souvenirs. Du coup, je regarde Gremlins, de Joe Dante, pierre angulaire du cinéma de mon enfance.

Et je découvre à quel point le premier quart d’heure est une mine de références. Le film écrit par Columbus et produit par Spielberg évoque un pan entier du cinéma familial hollywoodien, de Mary Poppins à La vie est belle, en passant par Le magicien d’Oz.

Des films aussi accessibles aux enfants et aux adultes, on en fait plus. Foi de vieux con.

Pour me contredire, il y a Stardust de Matthew Vaughn. Le film surfe sur la vague fantasy avec une certaine intelligence, et un évident recul. De Niro est mémorable en pirate queer. Le nom de son personnage (Captain Shakespeare/ Captain shake spear) est un double sens révélant quelque part la densité du film, et le plaisir que pourront y éprouver les spectateurs adultes.

Dense, c’est un terme qui conviendrait également plutôt bien au Deuxième souffle de Corneau.

Dans un sens élogieux d’abord, pour la richesse du récit, des personnages. On ne remerciera jamais assez José Giovanni pour son apport au polar français. Et dans un sens nettement moins élogieux pour son côté « meringue », chargé, ultra esthétisant, limite racoleur d’un strict point de vue formel.

Enfin, l’automne est propice aux monuments du cinéma. Il y avait David Lean et ses parpaings de 3 heures pour après midi pluvieuse, il y a maintenant Peter Jackson et ses versions longues.

L’occasion de redonner une chance à King Kong.

La version néo zélandaise du gros singe à New York est une indéniable réussite, du moins sitôt que l’on quitte New York.

Avis à M. Jackson, je suis tout à fait preneur d’une version courte qui ne se déroulerait que sur Skull Island.

Quitte à écourter mes après midi DVD.

samedi, novembre 3 2007

Le deuxième souffle

Alain Corneau

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mercredi, septembre 26 2007

Dernier Tango à Paris

Dernier Tango à Paris véhicule depuis plus de trente ans une image sulfureuse, liée aux démélés juridiques du film et à certaines scènes figurant aujourd'hui encore parmi les plus audacieuses de l'histoire du cinéma.

Pourtant, le film de Bernardo Bertolucci doit avant tout être considéré comme une très grande oeuvre sur la douleur et sur l'impossible renaissance.

Paul vient d'apprendre le suicide de sa femme. Il baise alors avec une inconnue dans un grand appartement vide, et essaye de comprendre ce geste désespéré.

Dernier Tango à Paris explore l'impossibilité du deuil. De fait, c'est un pamphlet foudroyant. A écouter ses personnages, il n'y a pas de salut possible. Brando insulte la famille en sodomisant sa maitresse, singe le mariage, provoque Dieu.

L'oeuvre de Bernardo Bertolucci est une certaine idée de la virulence au cinéma.

C'est surtout une incroyable communion de talents. Le réalisateur met en scène avec un instinct formidable, usant de long travellings pour accompagner ces solitudes.

Il convie à ses côtés Vittorio Storaro, directeur de la photographie virtuose, et ne cache jamais la référence principale du métrage, à savoir l'oeuvre picturale de Francis Bacon.

Le film transpire l'oeuvre de Bacon : ses tons chauds, sa violence contenue.

Et quel comédien pouvait être meilleur vecteur de cette violence que Marlon Brando ?

Celui ci livre là sa performance la plus intriguante. Il traîne sa carcasse de bête blessée et plonge corps et âme dans ce personnage qui pourrait être une somme de ceux qu'il a interprété jusque là, de Stanley Kowalski au cow-boy masochiste de la Vengeance aux deux visages.

Bertolucci n'a jamais caché le fait que le comédien ait improvisé une grande partie de ses monologues.

En effet, Brando savait, au moment du tournage, que ses jours à l'écran étaient comptés.

L'envie l'avait quitté depuis longtemps.

Trois décennies avant sa mort, il livre déjà son testament cinématographique. Il offre un visage de l'homme aux admirateurs du comédien.

Un visage qu'il dévoile comme libéré, face caméra, sur ce balcon, dans les dernières images du film.

lundi, septembre 24 2007

Desperate Housewives - 3.07 - Bang

Crée en 2004 par Marc Cherry pour ABC, Desperate Housewives a longtemps bénéficié d’un capital mystère très appréciable.

Au départ du show, celui ci était proprement inqualifiable.

Il se situait à la croisée des chemins, entre enquête criminelle façon whodunit, comédie, et drame se jouant des recettes du soap opera.

La série a su marcher ainsi sur le fil pendant près d’une saison, alternant les rebondissements improbables et les prouesses satiriques (principalement liées au personnage de Marcia Cross).

L’équilibre était maintenu. L’intérêt également.

Et puis la redite, le manque d’inspiration, l’absence de perspectives sur le long terme ont eu raison du show.

Marc Cherry et ses co scénaristes se sont vautrés dans la fainéantise scénaristique, usant jusqu’à la corde certains ressorts, comme par exemple le potentiel comique de Teri Hatcher.

La troisième saison évoluait lascivement sur ses acquis quand le spectateur a été secoué par un épisode de grande qualité.

Bang retrace brillamment une prise d’otages dans une supérette et nous réconcilie avec les qualités premières du show.

Les séquences trop légères laissent place un instant au drame. Enfin, le produit s’avère touchant à nouveau.

Les espoirs pour la suite ne seront toutefois pas comblés. Au delà de cet épisode brillant, Desperate Housewives sombre à nouveau dans ses travers, et évolue clairement vers le soap tant moqué à l’origine.

La troisième saison s’est révélée encore plus insipide que la seconde.

On aurait pu croire que Kyle Mc Lachlan, ancienne icône des suburbs lynchiennes pourrait réanimer le moribond. En vain.

Le succès d’audience étant toutefois indiscutable, il n’est bien sûr pas à l’ordre du jour d’euthanasier le show. Il devrait balbutier péniblement ainsi jusqu’à sa 7ème saison au moins.

Un américain à Paris

Dans la somme des musicals enfanté par Arthur Freed à la MGM, dans cette suite de films pour la plupart merveilleux, symbolisant à la perfection l’âge d’or des studios, certains ont une dimension particulière.

Il y a des bonheurs directement accessibles, d’évident chef d’œuvres, dont le meilleur exemple sera toujours Singin’in the rain de Stanley Donen.

Et il y a des œuvres au statut différent, comme celles de Vincente Minelli.

Minelli, immense cinéaste, se distinguera toujours de ses pairs de par la sophistication de sa mise en scène, la profondeur psychologique et la gravité des personnages décrits.

Un américain à Paris symbolise parfaitement cette singularité.

Derrière l’appréhension un peu potache du Paris d’après guerre, l’idéalisation de la vie de bohème et les chorégraphies enflammées de Gene Kelly, Minelli impose une structure narrative forte.

Le pygmalion, l’artiste déraciné partagé entre art et amour, l’ambition et l’arrivisme évoquent certains autres chef d’œuvres, notamment Les ensorcelés.

Et au delà de cette richesse dramatique, on notera aussi une incroyable exigence formelle.

Bien sûr, la présence de Gene Kelly sous tend cette exigence. Le film est parsemé de séquences musicales inoubliables signées Georges Gershwin.

Mais il se clôt surtout par un ballet enchanteur de vingt minutes ayant pour décor les grandes toiles impressionnistes.

Minelli implique notamment Toulouse Lautrec et sa représentation du clown Chocolat dans cette frénésie finale.

Ces petits détails révèlent le fait que malgré la présence d’artistes forts et très impliqués à ses côtés, Minelli n’a jamais manqué d’apporter sa touche personnelle, cette fameuse sophistication, à ses films.

mardi, septembre 11 2007

The Office

En 2001, deux jeunes auteurs proposent à la BBC une œuvre qui va bouleverser à jamais l’histoire de la comédie, et redéfinir le sitcom.

Ces deux inconnus : Stephen Merchant et Ricky Gervais, vont créer un phénomène télévisuel, d’abord anglais, puis international, intitulé The Office.

Le sitcom est en soi une discipline rodée, fondée sur une culture du rire en boite, et des tournages en plateau aux décors insipides.

The Office révolutionne le genre et pose de nouveaux jalons.

On oublie les rires enregistrés, la jovialité ambiante, et le fond anecdotique.

Ricky Gervais, comédien rondouillard et acide, tient le rôle d’un petit chef de bureau, regional manager d’une firme de papier, dans une zone industrielle grisâtre au fin fond de l’Angleterre.

Son personnage, David Brent, rêve à la gloire, à la popularité, à l’amour et l’affection des siens.

Il s’agit indéniablement du personnage le plus pathétique, le plus misérable, le plus maladroit, et n’ayons pas peur des mots, le plus con jamais entrevu sur un écran.

Brent est une incarnation de la médiocrité, un cumulard du défaut.

De fait, le spectateur qui suit ses mésaventures n’est que rarement pris de fou rires. Le plus souvent, le série génère l’inconfort. Fréquemment, on baisse les yeux, et les entrailles se nouent à l’évocation des grands moments de solitude éprouvés par ce clown pitoyable.

Certains verront dans The Office une description acerbe d’un milieu professionnel, une parodie du mode de vie « 9 heures – 17 heures devant un écran sous les néons ».

On pourra aussi y voir une étude de caractère exceptionnelle, un regard sur un personnage en marge, miroir de notre propre médiocrité.

De ce strict point de vue, l’œuvre de Merchant et Gervais réussit un véritable tour de force en suscitant l’attachement du spectateur à ses personnages.

David Brent devient, au fil des épisodes, infiniment touchant.

Malgré ses tares, sa propension à l’échec et sa capacité à générer l’empathie sont fascinants.

The Office a bien plus de portée qu’un simple produit de consommation télévisuel. Il s’agit d’une œuvre intelligente et mature, sur l’orgueil, sur l’échec, sur la fascination du pouvoir et la célébrité.

La série anglaise, constituée de deux saisons de six épisodes, et d’un épisode double en guise d’épilogue, a, du fait de son succès, enfantée des ersatz.

Si Canal + a diffusé en France une adaptation médiocre avec François Berléand, jouant la carte du mimétisme scénaristique, la chaîne américaine NBC a développée une variante intéressante.

The Office version US met en scène Steve Carrel, phénomène comique contemporain, dans une version soft du David Brent anglais.

Le remake américain n’est pas dénué d’intérêt. Il reprend le concept initial, mais propose un personnage principal à la tonalité différente.

Michael Scott, regional manager américain donc, n’est pas aussi médiocre que son homologue britannique.

S’il est également un personnage en marge, il ne partage pas la bêtise absolue de David Brent, mais apparaît plutôt comme un grand enfant, enthousiaste, naïf et imperméable au jugement de ses collègues.

Conformément à l’optimisme naturel de la culture américaine, Michael Scott n’est pas en soi un personnage négatif.

Il est un bouffon drôlissime, occupant une place centrale dans la série, mais permettant toutefois le développement de personnages secondaires forts.

Quand la version anglaise se destinait à une conclusion rapide, inévitable tant le personnage interprété par Ricky Gervais vampirisait le récit, la version américaine se permet de nombreux développements.

Pour preuve, la troisième saison vient de s’achever outre atlantique, et des réalisateurs prestigieux, comme Harold Ramis ou J.J Abrahms s’y disputent la place pour mettre en scène un épisode.

Le duo à l’origine de la version originale, Ricky Gervais et Stephen Merchant, a depuis mis sur pied une autre fiction tout à fait brillante : Extras.

Ils ont ouvert une brèche dans laquelle ils s’engouffrent joyeusement, dans l’attente d’une nouvelle génération d’auteurs qui ne manqueront pas de les suivre pour perpétuer l’exploitation du sitcom moderne.

Sicko

Le vent a bien tourné pour Michael Moore depuis Bowling for Columbine et son accueil enthousiaste. Aujourd’hui, le réalisateur n’est plus exactement en odeur de sainteté, même en Europe. Fahrenheit 9/11 a levé le voile sur ses méthodes un rien douteuses. Parce que si l’intention est généralement bonne, Moore ne recule devant rien pour ouvrir les yeux de son audience. Images manipulées, mise en scène pachydermique, démagogie et ellipses malheureuses sont au programme de chacun de ses films.

Sicko ne déroge pas à la règle.

Le film commence par un constat édifiant de l’assurance santé aux Etats Unis. Les arguments semblent fondés, les exemples sont indéniablement touchants. On sent bien sûr Moore habité par son sujet, et on ne pourrait en aucun cas contester la sincérité de sa ruade.

Dans la seconde partie du récit, le réalisateur quitte le territoire américain pour explorer les autres systèmes de santé, et le film devient alors assez édifiant. La fin justifiant les moyens, Moore présente la sécurité sociale française et le NHS anglais en éludant habilement leurs défauts. L’idée étant de démontrer aux américains à quel point leur système est vérolé, il accentue le paradoxe en idéalisant bêtement les équivalents européens.

En résulte une œuvre quelque part habile, mais indéniablement primaire et maladroite.

Toutefois, Sicko laisse entrevoir un élément des plus intéressants.

Quelques instants, l’auteur s’attarde sur le principal défaut du système américain, sur le pied d’argile du colosse, à savoir cet individualisme forcené, ce culte de la réussite égoïste.

Moore laisse entendre que le système de santé ne pourra être réformé par peur d’une conception socialiste véhiculés par nos modèles de politique en matière de santé.

Le peuple américain aurait donc toujours peur du rouge.

L’idée qu’une angoisse qui a traversée le XXème siècle puisse aujourd’hui encore scléroser le plus grand pays du monde se révèle aussi amusante qu’effrayante.

mardi, septembre 4 2007

Rescue me 409 Animal

Rescue me reste un immense plaisir coupable.

Quelque part, Tommy Gavin est l’archétype du macho. Libidineux, alcoolisé, fourbe, menteur, et incroyablement fascinant.

La saison 4, marquée par le départ polémique de Jack McGee offrait un Gavin en retrait, différent ; pussyfied, pour reprendre le titre d’un épisode.

Animal, neuvième épisode de la saison, permet de renouer avec les meilleures heures du show.

La scène d’ouverture, avec l’inconnue à l’orgasme interminable, est un grand moment de comédie. Leary renoue avec l’auto dérision, et poursuit la composition d’un des personnages les plus ambigus, et les plus fascinants du paysage télévisuel. Jusqu’à cette scène déchirante, où assis sur un toit, à grandes lampées de vodka, il évoque le fils disparu. Gavin s’était muré dans le silence pendant deux saisons, affrontant les flammes pour refouler la douleur.

Et on réalise alors à quel point Rescue me est une série exceptionnelle, toujours sur la corde raide, où le burlesque peut côtoyer le drame dans un équilibre parfait.

Lost, les disparus

Cela fait maintenant trois ans qu’on se pose la question. Qu’est ce que Lost ? Œuvre somme absolument géniale, ou vaste fumisterie ? Série mainstream, ou show philosophique ?

Dès les premiers épisodes, la série initiée par J.J Abrahms et Damon Lindelof s’avère être un O.F.N.I (objet filmique non identifié).

Avec sa construction bipolaire, Lost semble vouloir grappiller tous les publics. Dans les flashbacks, on flirte avec le soap, et sur l’île, dans la narration au présent, l’œuvre s’oriente nettement vers le survival, l’horreur, et le fantastique, voir même vers une adaptation adulte de Lord of the flies.

Après 75 épisodes, on ne saurait toujours pas caractériser le show.

Pare que Lost a une énorme qualité, qui s’est aussi avéré être son principal défaut : Lost est l’œuvre de tous les possibles, le Brigadoon narratif.

Demain, les auteurs peuvent décider que Lost est une série de science fiction, ou au contraire, un drame Bergmanien sur le deuil. Et le spectateur sera bien obligé de suivre.

Véritable usine à fantasme, l’œuvre télévisuelle fleuve n’a jamais affectée la pudeur.

On introduit des personnages par wagons, pour les faire disparaître massivement, et chaque épisode ne saurait clore une intrigue sans en faire naître une poignée d’autres.

La première saison aura été encensée, principalement parce qu’elle était porteuse d’immenses espoirs.

La seconde a été vilipendée, jugée trop attentiste, trop centrée sur son bunker techno métaphysique.

La troisième marque le temps de la réhabilitation.

Parce qu’enfin, Lost la mystérieuse concrétise quelques espoirs.

Le show prend le chemin du drame. Dans cet océan de solitude, les personnages n’ont plus que la manipulation pour moteur. Et même Jack Shepard, père Thérésa par excellence, se révèle être un imbécile borné.

On vous le disait, Lost n’a aucune limite, pas même celle du respect dû aux icônes.

Dans ce purgatoire sordide et sublime à la fois, même le plus insipide des personnages peut prendre une dimension épique.

John Locke, sorcier mystique, devenu pathétique, regagne miraculeusement le devant de la scène.

Et dans son season final, la série effectue une pirouette sublime, réorientant sa narration pour les trois ultimes saisons à venir.

On pensait le show moribond, croqué net par le phénomène Heroes, mais les auteurs ont démontrés qu’au delà du racolage inhérent à un projet aussi couteux, destiné à un si large public, Lost n’est pas un Big Mac culturel destiné aux nerds.

C’est un drame à la fois dense et disparate.

Ou une série fantastique.

Ou un peu de tout cela.

On en reparle en 2010.

vendredi, août 3 2007

Transformers

Il y a toujours une bonne raison d’aller voir un film de Michael Bay.

La recherche du plaisir coupable, et régressif. La volonté de renouer avec l’adolescent gorgé de testostérone sommeillant en chacun de nous.

Et si le bonhomme est capable du pire, Armageddon par exemple, il lui est aussi possible de délivrer des blockbusters satisfaisants, comme The Rock ou The Island.

Transformers est de toute évidence un cas à part, un échelon supplémentaire dans la quête du cinéaste, dans ce crescendo vers la destruction massive au détriment de toute narration.

Transformers peut être vu comme une sorte d’aboutissement du non cinéma. Soit une suite d’images ultra travaillées, d’historiettes racoleuses, de personnages pathétiques.

Et le film n’a même pas la décence d’être court.

Il commence par une séquence de guerre au Qatar, destinée à choper le spectateur par les couilles, dirons nous grossièrement.

Et puis, comme il est bien impossible de maintenir l’attention du cinéphile estival pendant deux heures en faisant dialoguer des tas de tôle ayant autant de vocabulaire qu’un bambin à la maternelle, on nous impose un teen movie d’une bonne heure, sur les premiers émois d’un puceau frétillant avec la bimbo du lycée.

Ensuite, puisqu’il faut bien vendre les jouets, le réalisateur réintroduit ses gros engins pour une heure de destruction massive, d’action illisible, de dialogues navrants.

Des robots sympas cassent des robots moins sympas (et tout ce qui traîne alentours, accessoirement).

Difficile de saisir qui est qui.

On reconnaitra toutefois avec beaucoup d’aisance le villain, puisque celui ci s’identifie à chaque apparition d’un tonitruant « Je suis Megatron ».

A diverses occasions, les tas de tôle conversent, sur l’espèce humaine, sur les grandes valeurs, etc. De grands moments de solitude.

Plaisir coupable, paraît il.

Pour le plaisir, on repassera. Le coupable, lui, est tout trouvé.

mardi, juillet 31 2007

2 days in Paris

Julie Delpy aurait pu être promise à une carrière fulgurante en France, comme toutes ces icônes de papier glacé qui survivent en haut de l’affiche une poignée d’années, le temps que les grands succès s’oublient.

Pourtant, elle a choisie de mener sa barque à cheval entre la France et les Etats Unis, privilégiant l’écriture et son propre matériau aux emplois insipides.

Elle a ainsi collaborée à un certain nombre de succès du cinéma indépendant américain, scénarisant notamment Before Sunset de Richard Linklater.

Profitant aujourd’hui de sa biculture, elle accouche d’une œuvre séduisante, à mi chemin entre la comédie romantique frondeuse, et la comédie de mœurs façon Woody Allen.

Dans 2 Days in Paris, qu’elle met en scène, elle joue une photographe française de passage à Paris avec son futur mari new yorkais.

Le film s’emploie à démontrer le fossé culturel séparant les deux protagonistes.

Si le portrait du français moyen, incarné par le père de Julie Delpy, est un rien forcé, le principal intérêt du long métrage réside dans l’appréhension du personnage d’Adam Goldberg.

Ce dernier, éternel second rôle du cinéma américain, dont on devinait sans mal l’immense potentiel comique, joue un homme déraciné.

Le portrait apparaît très juste.

Le new yorkais évolue dans un univers feutré, aseptisé, et semble déambuler à Paris comme on foule une basse cour.

Delpy, au delà de la caricature de l’ancien monde exubérant, souligne le fait que la culture américaine atrophie les sentiments, les réactions spontanées, ancre ses citoyens dans le préjugé et la xénophobie.

Bien sûr, le discours se teinte de tendresse, pour une culture comme pour l’autre, et si le virage tardif vers la comédie sentimentale s’avère un peu maladroit, 2 Days in Paris demeurera une sympathique comédie acide, un récit d’expatrié bordélique, désordonné, mais touchant.

mercredi, juillet 11 2007

World Trade Center

On a connu Oliver Stone révolté. Son dernier film est lui, simplement révoltant.

En premier lieu, il y a, de la part d’un grand cinéaste, controversé bien sûr, mais dont l’apport au cinéma n’est plus à démontrer, un déni de toute une carrière, un demi tour absolu.

Stone, formé à NYU, dans un cours dirigé par Martin Scorsese, a toujours été virulent, a toujours proné la nécessité du propos et l’obligation de provoquer.

On découvre ici un cinéaste béat, anesthésié, vulgaire faiseur alignant les ralentis, et orchestrant les violons.

Soit. Même les plus grands peuvent être écrasés par l’Histoire, broyés par l’émotion et un manque total d’objectivité.

Toutefois, en plus de ne pas avoir de propos, World Trade Center n’a pas d’histoire. Narrativement, c’est le vide absolu.

Après vingt minutes de métrage tout à fait intéressantes, nos deux policiers sont coincés sous une dalle de béton. S’ensuit une heure et demi de montage alterné entre d’un côté, les familles aux yeux mouillants, et d’un autre côté, les deux officiers agonisants dans un râle interminable dans l’attente de secours.

On ne demandait pas John Mc Clane fouillant les gravas, ni Steve Mc Queen tenant la lance à incendie, mais un minimum de dramaturgie aurait été salutaire.

Parce qu’en l’état, World Trade Center constitue une sorte de point 0 du blockbuster. Un film attentiste, vide, un très long concert de violons.

Last but not least, tout cela se termine par un long monologue nous expliquant que les attentats du 11 septembre auraient fait ressortir ce qu’il y a de meilleur en chaque américain.

Un prochain film d’un cinéaste politique pourrait évoquer les 500 000 morts civils en Irak depuis 2003.

Oliver Stone ? Ah non ... Il est à l’hospice.

mardi, juin 26 2007

Dexter

Dexter arrive en France précédé d’un excellente réputation, profitant de la vague sans fond de séries télévisées américaines soulevant l’enthousiasme critique.

Si le genre connaît un indéniable âge d’or, la période n’exclut pas les ratages.

Dexter, à bien y regarder, est tout du moins une réussite discutable.

Michael C. Hall interprète le héros éponyme, un homme au dessus de tous soupçons, employé à la police scientifique le jour, serial killer la nuit.

Faire d’un criminel le héros d’une fiction n’est plus en soi un geste original. C’est toutefois l’argument principal du show.

Pourtant, le synopsis gavé de promesses horrifiques se dégonfle comme une baudruche dès les premiers épisodes. Si Dexter tue, il ne vise que d’autres criminels, d’indiscutables monstres totalement irrécupérables. La caution morale du geste élude toute ambigüité. Or, l’ambigüité, dans ce type de projet, c’est le nerf de la guerre.

Le personnage de Michael C. Hall est tendre, gentil, attentionné.

Son besoin de tuer est vite assimilé à une pathologie. C’est donc un personnage en souffrance, qui en plus, maîtrise admirablement ses pulsions.

Dexter n’est finalement qu’un simple justicier drapé dans sa cape blanche.

Dans le petit monde de la série télévisé, un Jack Bauer ou un Vic Mackey apparaitront infiniment plus monstrueux et discutables moralement que ce tueur en série.

Que reste t il alors à la série pour séduire son public ?

On pourra apprécier l’aspect gentiment sociopathe de la personnalité du personnage principal.

La relation qui l’unit à une femme battue, qu’il choisit parce qu’elle ne réclame aucune intimité physique, offre quelques belles scènes.

Pour le reste, la nouvelle série Showtime marche largement sur les plates bandes de Nip/Tuck, avec son cadre floridien, son tueur fantasmagorique, son gore un peu cheap, sans jamais arriver à provoquer le même malaise suave que les aventures des Dr Troy et Mc Namara.

On aurait voulu s’appuyer sur l’intrigue policière, colonne vertébrale de la première saison, mais celle ci vire assez vite au grotesque.

Il faut dire que le matériau original se situe bien en deçà d’un Lune sanglante d’Ellroy dans le mano à mano monstre à monstre et demi.

Succès d’audience oblige, la série a été renouvelée pour une seconde saison.

On peut sans crainte se montrer sceptique quant aux possibilités de développement du concept.

mardi, juin 19 2007

The Shield

Ce qui est terrible sur cette terre, c’est que tout le monde a ses raisons.

Ou comment résumer avec une citation extraite de La règle du jeu de Jean Renoir, ce qui fait le génie d’une des plus grandes séries télévisés contemporaines : The Shield.

Crée par Shawn Ryan pour la chaîne FX (qui diffuse également Nip/Tuck ou Rescue me, information permettant de juger du degré d’ambition), The Shield compte à ce jour six saisons.

Une septième permettra de clore les débats, d’éclaircir un peu l’eau boueuse dans laquelle nous naviguons depuis le début de la série.

Dans le premier épisode, Vic Mackey, chef d’une unité de l’anti gang dans un petit commissariat de Los Angeles, dézingue un collègue qu’il soupçonne de manoeuvrer contre lui.

D’emblée, le spectateur se croit plongé dans le musée des horreurs.

Ce sera l’histoire d’une bande de pourris, traquée par de bon flics, par des inspecteurs gagnés par la moralité, par un capitaine politicien au dessus de tous soupçons.

Vite, très vite, le doute s’installe.

Vic Mackey, roi des salauds, est largement ambivalent. Il agit selon son propre code moral, il fait ce qu’il croit être bon à un moment X pour une personne Y qui agit elle même pour une raison Z.

Il fait des conneries. Et parfois, une bonne action.

Sitôt ceci entendu, on aura pu saisir ce qu’est véritablement The Shield : le dernier bastion de l’anti manichéisme.

Un show réaliste.

Pas tant de par les historiettes dévoilées que par le mode de fonctionnement de ses personnages.

Il n’y a pas de bon ou de mauvais. Il y a des pourris, et des moins pourris.

Ceux qui arborent le sceau de l’innocence s’avèrent les plus lâches, les plus veules. Ils sont les premiers à réclamer Vic le terrible, borgne au royaume des aveugles.

Et ceux qui veulent le faire tomber doivent naviguer dans la fange avec lui, comme le Lieutenant Kavanaugh, interprété avec génie par Forest Whitaker dans une cinquième saison en forme d’apothéose.

En attendant la septième saison, promise orgasmique.

Parce que The Shield finalement, au delà de la gigantesque claque télévisuelle, c’est une belle leçon de vie : on a toujours besoin d’un plus pourri que soi ....

lundi, juin 18 2007

Boulevard de la mort

Ce segment d’un film Grindhouse, première partie d’une œuvre bicéphale, constitue un premier désaveu pour Quentin Tarantino, après l’accueil dithyrambique réservé jusque là à chacune de ses œuvres.

Echec public et critique, Boulevard de la mort a été taxé de film mineur, anecdotique, dans lequel le sacro-saint QT sombrerait dans la redite.

En fait, Boulevard de la mort est une œuvre ambivalente.

Tout d’abord, elle renoue avec ce qui faisait le succès de Tarantino en 1994, soit le culte du détail, de l’anecdote justement.

Ce film d’horreur maquillé est un cousin de Pulp Fiction. Dans les deux films, on se détourne du principal pour se focaliser sur l’accessoire.

Tarantino filme ce qui est habituellement hors champ. Mais ici, par champ, on entend le champ narratif, et non visuel.

Quand un jeune scénariste est formé, on lui apprend à ne pas s’attacher à l’accessoire. Dans une scène de repas, la réplique « Passe moi le sel » ne doit pas apparaître.

Et Tarantino a brisé cette règle. Depuis Reservoir Dogs, non seulement les personnages se demandent le sel, mais le sel devient en prime l’objet de la scène.

C’est là l’identité du cinéaste américain, ce qui fait justement le sel de son œuvre.

Kill Bill se détournait de cet aspect de son cinéma, avec ses airs de film-somme, sa volonté d’être exhaustif, et lyrique.

Boulevard de la mort nous replonge dans ce courant, et l’aficionado appréciera le geste. Enfin, on se délecte à nouveau de ces instants de pause, du superflu sublimé.

Par ailleurs, on pourra noter que Boulevard de la mort est une œuvre égotiste.

Tarantino oublie quelque peu son amour démesuré du cinéma.

Boulevard de la mort est un film de Quentin ayant pour principal source le cinéma de …. Tarantino justement. Bien sûr, quelques références fusent, mais le côté film vignette (une référence visible par scène) n’est plus si évident.

Au fil de ses œuvres, le cinéaste a crée un univers propre, et c’est celui ci qui constitue le background de Boulevard de la mort. On y fume des cigarettes Red Apples, comme Butch dans Pulp Fiction, et les héroines ont pour sonnerie de portable la musique de Kill Bill.

Certains voient là les limites de la démarche du cinéaste. Il serait aussi aisé d’y déceler la confirmation d’une sensibilité forte. Après tout, bien avant QT, Truffaut ou Fellini se sont référés à leur propre œuvre.

A l’image de son auteur, Boulevard de la mort est donc un film dingue, mégalo et attachant.

Un film désinhibé qui donne du plaisir là où son auteur en prend.

The Devil's rejects

Pour ceux qui s’en souviennent, Michael Haneke avait signé dans les années 90 un film d’horreur glaçant, intitulé Funny Games.

On y découvrait deux psychopathes prenant une innocente famille en otage, et assassinant les membres de cette famille les uns après les autres.

The Devil’s rejects pourrait être qualifié d’antithèse absolue de Funny Games. Le film du réalisateur autrichien est très théorique, froid, distancié ; sorte de pamphlet terrifiant sur la violence au cinéma. Le film de Rob Zombie est à l’inverse totalement sensitif, passionné.

Malheureusement, la passion irréfléchie aboutit en l’état à la complaisance.

Si Haneke ne jugeait ni victime ni bourreau, on comprend dès les premières scènes que Rob Zombie prend fait et cause pour les trois protagonistes, pour les tueurs sanguinaires.

Il pourra longtemps se référer à Peckinpah (qui flirtait également avec ces travers, dans Apportez moi la tête d’Alfredo Garcia, notamment), mais avec ce rebut cinématographique, il va bien au delà de la démarche de son modèle en se roulant avec bonheur dans la fange.

La famille Firefly tue, exécute, torture, viole avec un bonheur non dissimulé. Et le réalisateur ne souhaite rien épargner à son spectateur, éveillant ses instincts les plus vils.

Jamais l’auteur ne prend le moindre recul, jamais son regard n’apparaît distancié, jamais le spectateur ne voit transparaitre une lueur d’intelligence dans le métrage.

Dans les années 70, avant de réaliser American Graffiti, Georges Lucas disait qu’il n’y avait rien de plus simple au cinéma que d’émouvoir le spectateur : il suffisait de tordre le cou d’un chaton à l’écran.

Trente ans plus tard, Rob Zombie le prend au mot, et démontre qu’au cinéma comme ailleurs, l’extrémisme est le libre royaume des imbéciles.

jeudi, mai 24 2007

Anna M.

Michel Spinosa

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ZODIAC

David Fincher

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mardi, mai 8 2007

Shooter, tireur d'élite

Antoine Fuqua

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