Sidney Lumet était considéré dans les années 70 comme un immense réalisateur.

Brian de Palma auquel on reprochait l’aspect fantasmé des Incorruptibles, répondit un jour à un journaliste : « si les studios veulent un polar réaliste, c’est Sidney Lumet qu’ils appellent ».

Celui ci avait effectivement bâti une réputation de sociologue du genre, avec Dog Day Afternoon, ou Serpico. 12 hommes en colère est chronologiquement son premier grand film.

12 jurés s’enferment dans une petite pièce pour déterminer l’innocence ou la culpabilité d’un accusé. A priori, la culpabilité ne fait aucun doute.

Mais Henry Fonda a un doute, et va communiquer ce doute à chacun des jurés au fil du débat. Loin de céder à la théâtralité, Lumet réalise un huis clos passionnant, très cinématographique justement, évitant l’écueil du plan large figé. Les joutes verbales sont très découpées, les comédiens jouant même fréquemment face caméra.

Mais entre les débats, Lumet ménage des pauses, apportant d’intéressantes révélations sur les personnages.

Ces pauses offrent au réalisateur l’occasion de faire des plans séquences permettant de jauger les personnages, d’apprécier leur quotidien.

Les jurés, tous américains moyens, ont un avis qui va révéler leurs préjugés, le racisme latent, et par extension, celui d’une nation entière dont ils sont censés être représentatifs. Peu à peu, les certitudes tombent. Si les préjugés ne sont pas oubliés, chacun prend conscience de leur existence, au profit du doute.

Ce reasonable doubt dont on perçoit l’écho tout au long du métrage, s’avère un plaidoyer pour une justice plus éclairée.

Outre Henry Fonda, très digne, mais qu’on aura du mal à qualifier d’exceptionnel, Lumet convoque dans son œuvre militante une brochette de second couteaux d’exceptions.

A la tête de ceux ci, on retrouve notamment Lee J. Cobb. Celui ci, habitué des seconds rôles peu sympathiques, est tout à fait bouleversant en père trahi transférant sa rancœur sur l’accusé parricide.

Lumet offre un plan magnifique en guise de conclusion. Lee J. Cobb, vaincu, demeure seule dans la salle des débats. Fonda, son principal rival, ira lui porter sa veste.