Boulevard de la mort
Par Greg LAUERT le lundi, juin 18 2007, 14:17 - Humeurs et cinéma - Lien permanent

Ce segment d’un film Grindhouse, première partie d’une œuvre bicéphale, constitue un premier désaveu pour Quentin Tarantino, après l’accueil dithyrambique réservé jusque là à chacune de ses œuvres.
Echec public et critique, Boulevard de la mort a été taxé de film mineur, anecdotique, dans lequel le sacro-saint QT sombrerait dans la redite.
En fait, Boulevard de la mort est une œuvre ambivalente.
Tout d’abord, elle renoue avec ce qui faisait le succès de Tarantino en 1994, soit le culte du détail, de l’anecdote justement.
Ce film d’horreur maquillé est un cousin de Pulp Fiction. Dans les deux films, on se détourne du principal pour se focaliser sur l’accessoire.
Tarantino filme ce qui est habituellement hors champ. Mais ici, par champ, on entend le champ narratif, et non visuel.
Quand un jeune scénariste est formé, on lui apprend à ne pas s’attacher à l’accessoire. Dans une scène de repas, la réplique « Passe moi le sel » ne doit pas apparaître.
Et Tarantino a brisé cette règle. Depuis Reservoir Dogs, non seulement les personnages se demandent le sel, mais le sel devient en prime l’objet de la scène.
C’est là l’identité du cinéaste américain, ce qui fait justement le sel de son œuvre.
Kill Bill se détournait de cet aspect de son cinéma, avec ses airs de film-somme, sa volonté d’être exhaustif, et lyrique.
Boulevard de la mort nous replonge dans ce courant, et l’aficionado appréciera le geste. Enfin, on se délecte à nouveau de ces instants de pause, du superflu sublimé.
Par ailleurs, on pourra noter que Boulevard de la mort est une œuvre égotiste.
Tarantino oublie quelque peu son amour démesuré du cinéma.
Boulevard de la mort est un film de Quentin ayant pour principal source le cinéma de …. Tarantino justement. Bien sûr, quelques références fusent, mais le côté film vignette (une référence visible par scène) n’est plus si évident.
Au fil de ses œuvres, le cinéaste a crée un univers propre, et c’est celui ci qui constitue le background de Boulevard de la mort. On y fume des cigarettes Red Apples, comme Butch dans Pulp Fiction, et les héroines ont pour sonnerie de portable la musique de Kill Bill.
Certains voient là les limites de la démarche du cinéaste. Il serait aussi aisé d’y déceler la confirmation d’une sensibilité forte. Après tout, bien avant QT, Truffaut ou Fellini se sont référés à leur propre œuvre.
A l’image de son auteur, Boulevard de la mort est donc un film dingue, mégalo et attachant.
Un film désinhibé qui donne du plaisir là où son auteur en prend.
Commentaires
un tout bon moment cinéma, une oeuvre égoiste peut être mais jouissive pour ceux qui apprécie le réalisateur :)