The Devil's rejects
Par Greg LAUERT le lundi, juin 18 2007, 14:10 - Humeurs et cinéma - Lien permanent

Pour ceux qui s’en souviennent, Michael Haneke avait signé dans les années 90 un film d’horreur glaçant, intitulé Funny Games.
On y découvrait deux psychopathes prenant une innocente famille en otage, et assassinant les membres de cette famille les uns après les autres.
The Devil’s rejects pourrait être qualifié d’antithèse absolue de Funny Games. Le film du réalisateur autrichien est très théorique, froid, distancié ; sorte de pamphlet terrifiant sur la violence au cinéma. Le film de Rob Zombie est à l’inverse totalement sensitif, passionné.
Malheureusement, la passion irréfléchie aboutit en l’état à la complaisance.
Si Haneke ne jugeait ni victime ni bourreau, on comprend dès les premières scènes que Rob Zombie prend fait et cause pour les trois protagonistes, pour les tueurs sanguinaires.
Il pourra longtemps se référer à Peckinpah (qui flirtait également avec ces travers, dans Apportez moi la tête d’Alfredo Garcia, notamment), mais avec ce rebut cinématographique, il va bien au delà de la démarche de son modèle en se roulant avec bonheur dans la fange.
La famille Firefly tue, exécute, torture, viole avec un bonheur non dissimulé. Et le réalisateur ne souhaite rien épargner à son spectateur, éveillant ses instincts les plus vils.
Jamais l’auteur ne prend le moindre recul, jamais son regard n’apparaît distancié, jamais le spectateur ne voit transparaitre une lueur d’intelligence dans le métrage.
Dans les années 70, avant de réaliser American Graffiti, Georges Lucas disait qu’il n’y avait rien de plus simple au cinéma que d’émouvoir le spectateur : il suffisait de tordre le cou d’un chaton à l’écran.
Trente ans plus tard, Rob Zombie le prend au mot, et démontre qu’au cinéma comme ailleurs, l’extrémisme est le libre royaume des imbéciles.
Commentaires
Hello Greg,
Quelques spoilers ici bas:
Et tu en as vu beaucoup toi des oeuvres aussi anti-conformistes que The Devil's Reject?
D'ailleurs le parti pris par Rob Zombie n'est pas clair dès le départ du film (surtout quand on a vu au préalable les début de la famille Firefly dans le faux préquel House Of The 1000 Corpses...), il execute un retournement de chemise seulement en cours de narration quand on découvre les nouveaux personnages au fur et à mesure.
Le désir du réalisateur, au delà de sa technique de mise en scène dynamique et ultra-léchée (bouhaaaa ce final!!!!), c'est de nous révéler et disséquer le plus sombre des caractères de chacun des protagonistes (le flic y compris qui arrive à être plus détestable que cette famille Firefly) et non de s'émerveiller béatement (et encore moins comme un extremiste comme tu le dis) devant leur folie.
En bref, je pense que tu es totalement passé à côté du film. Rob Zombie ne prend d'ailleurs aucune de ses raclures en pitié à la vue de leur destin franchement écourté...
Le personnage de William Forsythe participe à cet esprit ultra violent. Faire du flic un personnage aussi amoral que ceux qu'il traque n'a rien de neuf en soi au cinéma.
Quant à le rendre plus detestable, je ne le perçois pas exactement comme ça. A mes yeux, tous les persos du film sont au niveau 0 de la sympathie du spectateur.
Toute possibilité d'empathie, toute volonté cathartique est très vite écartée.
Je passe peut être à côté du film, mais à mes yeux, il ne faut pas chercher du sens là où il n'y en a pas.
Le film est une débauche de violence orgiaque. Je n'ai rien vu qui puisse supposer que l'auteur ait voulu donner un sens à ce marasme.
Alors, au final, violence, oui, complaisance, non.
Je suis client de la violence au cinéma, mais il faut quand même que j'ai l'impression que le cinéaste a quelque chose en tête.
Et puis, un ralenti sur des mecs qui se font trouer de toute part, ca ne fait pas une mise en scène.
C'est un univers "harmonieux" tout cela.
La scène finale n'aurait pas le même impact sans la musique, un peu à la manière de faire d'un Tarantino.
Elle aurait été filmée en temps réel, on aurait perdu tout l'aspect "dramatique" de la chose: une famille qui a tant fait souffrir et qui est en train à son tour d'agoniser lentement et "joyeusement", enfin, aime t'on à le penser grâce à Rob Zombie...
Peut-être pas une mise en scène comme tu l'entends, mais un effet de réalisation diablement efficace à savoir la volonté d'extirper un soupçon d'humanité (l'esprit de famille, la souffrance, tout ça...) dans le tréfond de ses âmes totalement sombres et que l'on pensait jusqu'ici totalement inébranlables voir invincibles.