Pour ceux qui s’en souviennent, Michael Haneke avait signé dans les années 90 un film d’horreur glaçant, intitulé Funny Games.

On y découvrait deux psychopathes prenant une innocente famille en otage, et assassinant les membres de cette famille les uns après les autres.

The Devil’s rejects pourrait être qualifié d’antithèse absolue de Funny Games. Le film du réalisateur autrichien est très théorique, froid, distancié ; sorte de pamphlet terrifiant sur la violence au cinéma. Le film de Rob Zombie est à l’inverse totalement sensitif, passionné.

Malheureusement, la passion irréfléchie aboutit en l’état à la complaisance.

Si Haneke ne jugeait ni victime ni bourreau, on comprend dès les premières scènes que Rob Zombie prend fait et cause pour les trois protagonistes, pour les tueurs sanguinaires.

Il pourra longtemps se référer à Peckinpah (qui flirtait également avec ces travers, dans Apportez moi la tête d’Alfredo Garcia, notamment), mais avec ce rebut cinématographique, il va bien au delà de la démarche de son modèle en se roulant avec bonheur dans la fange.

La famille Firefly tue, exécute, torture, viole avec un bonheur non dissimulé. Et le réalisateur ne souhaite rien épargner à son spectateur, éveillant ses instincts les plus vils.

Jamais l’auteur ne prend le moindre recul, jamais son regard n’apparaît distancié, jamais le spectateur ne voit transparaitre une lueur d’intelligence dans le métrage.

Dans les années 70, avant de réaliser American Graffiti, Georges Lucas disait qu’il n’y avait rien de plus simple au cinéma que d’émouvoir le spectateur : il suffisait de tordre le cou d’un chaton à l’écran.

Trente ans plus tard, Rob Zombie le prend au mot, et démontre qu’au cinéma comme ailleurs, l’extrémisme est le libre royaume des imbéciles.