The Office
Par Greg LAUERT le mardi, septembre 11 2007, 17:23 - Séries TV - Lien permanent

En 2001, deux jeunes auteurs proposent à la BBC une œuvre qui va bouleverser à jamais l’histoire de la comédie, et redéfinir le sitcom.
Ces deux inconnus : Stephen Merchant et Ricky Gervais, vont créer un phénomène télévisuel, d’abord anglais, puis international, intitulé The Office.
Le sitcom est en soi une discipline rodée, fondée sur une culture du rire en boite, et des tournages en plateau aux décors insipides.
The Office révolutionne le genre et pose de nouveaux jalons.
On oublie les rires enregistrés, la jovialité ambiante, et le fond anecdotique.
Ricky Gervais, comédien rondouillard et acide, tient le rôle d’un petit chef de bureau, regional manager d’une firme de papier, dans une zone industrielle grisâtre au fin fond de l’Angleterre.
Son personnage, David Brent, rêve à la gloire, à la popularité, à l’amour et l’affection des siens.
Il s’agit indéniablement du personnage le plus pathétique, le plus misérable, le plus maladroit, et n’ayons pas peur des mots, le plus con jamais entrevu sur un écran.
Brent est une incarnation de la médiocrité, un cumulard du défaut.
De fait, le spectateur qui suit ses mésaventures n’est que rarement pris de fou rires. Le plus souvent, le série génère l’inconfort. Fréquemment, on baisse les yeux, et les entrailles se nouent à l’évocation des grands moments de solitude éprouvés par ce clown pitoyable.
Certains verront dans The Office une description acerbe d’un milieu professionnel, une parodie du mode de vie « 9 heures – 17 heures devant un écran sous les néons ».
On pourra aussi y voir une étude de caractère exceptionnelle, un regard sur un personnage en marge, miroir de notre propre médiocrité.
De ce strict point de vue, l’œuvre de Merchant et Gervais réussit un véritable tour de force en suscitant l’attachement du spectateur à ses personnages.
David Brent devient, au fil des épisodes, infiniment touchant.
Malgré ses tares, sa propension à l’échec et sa capacité à générer l’empathie sont fascinants.
The Office a bien plus de portée qu’un simple produit de consommation télévisuel. Il s’agit d’une œuvre intelligente et mature, sur l’orgueil, sur l’échec, sur la fascination du pouvoir et la célébrité.
La série anglaise, constituée de deux saisons de six épisodes, et d’un épisode double en guise d’épilogue, a, du fait de son succès, enfantée des ersatz.
Si Canal + a diffusé en France une adaptation médiocre avec François Berléand, jouant la carte du mimétisme scénaristique, la chaîne américaine NBC a développée une variante intéressante.
The Office version US met en scène Steve Carrel, phénomène comique contemporain, dans une version soft du David Brent anglais.

Le remake américain n’est pas dénué d’intérêt. Il reprend le concept initial, mais propose un personnage principal à la tonalité différente.
Michael Scott, regional manager américain donc, n’est pas aussi médiocre que son homologue britannique.
S’il est également un personnage en marge, il ne partage pas la bêtise absolue de David Brent, mais apparaît plutôt comme un grand enfant, enthousiaste, naïf et imperméable au jugement de ses collègues.
Conformément à l’optimisme naturel de la culture américaine, Michael Scott n’est pas en soi un personnage négatif.
Il est un bouffon drôlissime, occupant une place centrale dans la série, mais permettant toutefois le développement de personnages secondaires forts.
Quand la version anglaise se destinait à une conclusion rapide, inévitable tant le personnage interprété par Ricky Gervais vampirisait le récit, la version américaine se permet de nombreux développements.
Pour preuve, la troisième saison vient de s’achever outre atlantique, et des réalisateurs prestigieux, comme Harold Ramis ou J.J Abrahms s’y disputent la place pour mettre en scène un épisode.
Le duo à l’origine de la version originale, Ricky Gervais et Stephen Merchant, a depuis mis sur pied une autre fiction tout à fait brillante : Extras.
Ils ont ouvert une brèche dans laquelle ils s’engouffrent joyeusement, dans l’attente d’une nouvelle génération d’auteurs qui ne manqueront pas de les suivre pour perpétuer l’exploitation du sitcom moderne.
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