Dans la somme des musicals enfanté par Arthur Freed à la MGM, dans cette suite de films pour la plupart merveilleux, symbolisant à la perfection l’âge d’or des studios, certains ont une dimension particulière.

Il y a des bonheurs directement accessibles, d’évident chef d’œuvres, dont le meilleur exemple sera toujours Singin’in the rain de Stanley Donen.

Et il y a des œuvres au statut différent, comme celles de Vincente Minelli.

Minelli, immense cinéaste, se distinguera toujours de ses pairs de par la sophistication de sa mise en scène, la profondeur psychologique et la gravité des personnages décrits.

Un américain à Paris symbolise parfaitement cette singularité.

Derrière l’appréhension un peu potache du Paris d’après guerre, l’idéalisation de la vie de bohème et les chorégraphies enflammées de Gene Kelly, Minelli impose une structure narrative forte.

Le pygmalion, l’artiste déraciné partagé entre art et amour, l’ambition et l’arrivisme évoquent certains autres chef d’œuvres, notamment Les ensorcelés.

Et au delà de cette richesse dramatique, on notera aussi une incroyable exigence formelle.

Bien sûr, la présence de Gene Kelly sous tend cette exigence. Le film est parsemé de séquences musicales inoubliables signées Georges Gershwin.

Mais il se clôt surtout par un ballet enchanteur de vingt minutes ayant pour décor les grandes toiles impressionnistes.

Minelli implique notamment Toulouse Lautrec et sa représentation du clown Chocolat dans cette frénésie finale.

Ces petits détails révèlent le fait que malgré la présence d’artistes forts et très impliqués à ses côtés, Minelli n’a jamais manqué d’apporter sa touche personnelle, cette fameuse sophistication, à ses films.