Il y a des films de jour, et des films de nuit.

Je m’interdis certaines oeuvres avant le coucher du soleil. Si je me lance volontiers dans la filmographie de John Ford en plein après midi, je garde plutôt The Descent pour le milieu de la nuit. Le voir à la lumière du jour lui ferait perdre son éclat.

L’autre nuit, vers 1 heure, je me suis plongé dans le Rocky Horror Picture Show. La notion de culte se préoccupe souvent bien peu de la qualité des oeuvres. Ce film en est peut être la meilleure preuve. C’est laid, grotesque, imbuvable. Quelques morceaux restent très séduisants, et pour meilleur argument, il y a Tim Mercury, pardon, Curry. Il est fabuleux, ambigu, glauque, brillant. Ca suffirait presque à sauver la séance. Si toutefois l’on est en bonne compagnie. Le Rocky est le film social par excellence. A ne jamais voir seul.

Antithèse absolu de la légèreté du Rocky, le dernier Woody Allen est une oeuvre brillante, un modèle d’épure absolument étouffant.

Le film se vit avec une empathie totale. Allen, plus Bergmanien que Bergman lui même, propose une oeuvre très pieuse, faussement morale, sur le poids de la culpabilité. J’en suis sorti avec l’estomac au bord des lèvres, entre joie et souffrance, comme on s’extirpe d’un chef d’oeuvre.

Disons le tout haut, Le rêve de Cassandre n’est toutefois pas Match Point.

Epuré à outrance, il manque un peu de volume, il pourra être jugé petit bras. Le temps fera son oeuvre et nous permettra de le juger à l’ausne des grands drames Allenien. Et là, je le vois déjà un peu en deça de Crimes et délits, mais bien au dessus d’Alice, September et Intérieurs.

L’expérience de la semaine, c’est L’ennemi intime.

J’y allais à reculons, par peur du devoir de mémoire.

Mais non, le film de Florent Emilio Siri est assez brillant, maitrisé, fort. Il évite l’écueil du manichéisme, et prend soin de brouiller perpétuellement les pistes. On saisit assez bien le tiraillement des soldats.

Pour autant, le film n’est pas didactique. C’est appréciable de voir un cinéaste français s’attaquer à un grand sujet sans vouloir nous imposer sa leçon de vie.

L’ennemi intime n’est pas Indigènes.

On ne vous dira pas d’aller le voir parce que c’est important. Et c’est tant mieux. Le cinéma n’est pas important. Faudrait le comprendre un jour. Le cinéma n’est pas là pour remplacer votre prof d’histoire, ou la leçon de morale de mémé Jacqueline. Le cinéma ne devrait jamais se forcer à être un guide ou un témoin.

Les films devraient se contenter d’être bons, et beaux.

Parce qu’on apprend plus du blé qui bouge au gré du vent chez Malick que des discours suintants de démagogie de Paul Haggis.

J’y pense, en sortant de L’ennemi intime, un vieux chialait derrière moi.

Vous croyez qu’on va transformer son cinéma en building supermarché ?

Ce que je peux en écrire des conneries, tout de même.