Old Joy
Par Greg LAUERT le vendredi, juin 27 2008, 19:18 - Lien permanent
Kelly Reichardt

Hitchcock parlait de ses films comme de piece of cake, en opposition au slice of life.
Old Joy, film indépendant américain, est la quintessence du slice of life.
Pour résumer l’œuvre, nous dirons que deux personnages décident d’aller camper ensemble.
Et là, ils sont attaqués par des bêtes dans les bois ?
L’un avoue avoir couché avec la femme de l’autre ?
Le premier est le père caché du second ?
Rien de tout cela.
Le pitch, le synopsis, et le concept tout entier tiennent dans la première phrase.
Le film de Kelly Reichardt souhaite nous faire partager quelques instants de vie, un détour dans la nature, le frémissement sourd d’un cours d’eau, les non dits, et les émissions de radio qu’écoute le personnage principal.
L’épure est un défi au cinéma.
Comment passionner par l’absence, par la sécheresse, par le silence ?
De grands cinéastes (Antonioni, Ozu, Van Sant, Jarmusch) se sont confrontés à ce problème, avec plus ou moins de succès.
Aucun, toutefois, dans ses expérimentations les plus radicales, n’aura atteint l’incroyable prétention d’Old Joy.
Parce qu’Old Joy ne donne rien. Il laisse le spectateur prendre.
Tout y est au rabais, de la musique à l’interprétation, en passant par la mise en scène.
L’auteur ne cherche jamais à accrocher son auditoire, par un cadrage élaboré, par un dialogue intriguant.
Il y a une volonté délibéré de célébrer le néant.
Si la presse évoque volontiers la plénitude se dégageant de l’ensemble, personnellement, je rechigne à chercher du sens à une œuvre ascétique et égoïste.
Le cinéma se doit de développer sa capacité d’hypnose, de fascination.
Le cinéma est un art graphique, et doit être assumé comme tel.
Le cinéma que j’aime se veut exaltant, dans le drame, dans la comédie, et même dans le quotidien.
Il y a de la beauté dans la rigueur, dans l’épure, dans un plan simple.
Il y a un regard dans tous les grands films.
Il n’y a rien de tout cela dans Old Joy.
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