La cinéphilie, c’est avant tout de la nostalgie. Tel film découvert à telle séance, dans telle salle, évoque un souvenir particulier.

Et les souvenirs d’enfance, en matière de cinéphilie, sont une sorte de boite de Pandore, qu’il faudrait ne jamais ouvrir.

Pourtant, on y revient, à ces premiers amours, à ces oeuvres traumatisantes.

J’ai découvert Jaws à 6 ans, lors d’une diffusion télé qui avait scotchée toute la famille devant le petit écran. J’en ai gardé le souvenir tenace d’une jambe coulant à pic. Revoir le film ne m’a jamais posé problème. Je le trouve toujours aussi incroyable, et les révisions renforcent mon sentiment, se fondant pour cela sur de nouveaux éléments, comme la qualité de jeu de Roy Scheider.

Confiant dans mon appréciation de bambin, je suivais mon instinct en insérant dans mon lecteur la galette d’Angel Heart.

Ma première vision du film d’Alan Parker date de sa première diffusion sur Canal +. J’en avais conservé un souvenir très fort. Je gardais en moi un léger traumatisme à l’évocation de la panique de Mickey Rourke, de la sensualité de Lisa Bonet, de l’étrangeté de De Niro. J’ai du revoir le film en 2001, à sa première édition en DVD, mais uniquement par le biais du commentaire audio d’Alan Parker, évoquant les confrontations de Rourke et De Niro comme des combats de boxe.

Et là, par une chaude soirée d’été, je me prends à rêver à la Louisiane et à Johnny Favorite. J’engage le DVD, et là, stupéfaction : c’est un nanar. Un truc totalement outrancier, mal écrit, signifiant, d’un symbolisme écrasant. Pire, De Niro est atrocement ridicule.

Il faut voir pour le croire ce gros plan sur sa machoire quand il mastique rageusement un oeuf dur.

J’avais bien compris depuis toutes ces années qu’Alan Parker était un bourrin. Je n’avais jamais fait le lien avec mon très respecté Angel Heart.

J’ai donc abîmé mon souvenir, mais qu’importe, une fois ouverte, il faut bien l’explorer cette boite de Pandore.