The Dark Knight
Par Greg LAUERT le vendredi, août 15 2008, 10:55 - Lien permanent
Christopher Nolan

The Dark Knight débarque en France en suscitant bien plus d’attentes que le tout venant du blockbuster estival. S’il ne répond pas dans les faits à toutes ces attentes, il représente une indéniable et très intéressante évolution du film de super héros. Une évolution, certes, à défaut d’une révolution.
Christopher Nolan, qui avait livré un Batman begins impersonnel et brouillon, se dédouane de l’exposition de rigueur pour entrer d’emblée dans le vif du sujet. Son film sera dense, et intense. Longuement mûri, The Dark Knight ramène Batman à sa condition première. L’homme chauve-souris est un héros urbain, dénué de pouvoirs surnaturels, évoluant dans une mégalopole sordide. Batman est donc un héros de polar. Et Christopher Nolan réalise de fait un super-polar, entre intrigue de gangsters, mésaventures de flics et de politiciens désabusés. En offrant le beau rôle au bad guy, à savoir le joker, le cinéaste anglais propose une oeuvre pessimiste et tendue, prenant pour cadre des ruelles sombres et des tours de verres.
The Dark Knight a ceci de brillant qu’il débarasse le film de super héros de sa théatralité. Jamais les personnages ne sont présentés comme des icônes inaccessibles, et le grand guignol est banni du long métrage. Le joker est un fauve auquel on a lâché la bride, mais il n’est jamais mis en scène comme le grand Satan à renfort de costumes ridicules et de tirades imbuvables.
The Dark Knight se veut bien plus un film noir et une fresque mafieuse qu’une fantaisie avec des demi-dieux en collants.
Pourtant, malgré ces vélleités d’évolution graphique et thématique, Nolan manque son chef d’oeuvre.
Tout est dans le titre.
Si seulement Batman était réellement The Dark Knight. Si seulement, au milieu de la fange, le cinéaste faisait le choix d’extirper le personnage de son carcan moral. Mais le super héros est sans peur et sans reproche, traversé de doutes mais imperméable à la vilennie. Batman semble évoluer avec les plaquettes des dix commandements sous le bras, et le film s’enfonce dans un manichéisme à toute épreuve.
Le joker est irrécupérable, et le personnage de Christian Bale immuablement chevaleresque.
De fait, à défaut de film noir intégral, Christopher Nolan réalise un film noir et blanc, dont le propos n’est guère plus complexe que celui d’un Spiderman mis en scène par Sam Raimi.
Le film pourrait bien souvent virer au drame complexe, céder aux enjeux shakespeariens, s’il n’était plombé par ce cadre, par cette rigueur, par ce puritanisme indéfectible.
Finalement, ce Dark Knight est représentatif d’un certain cinéma moderne, dominé par l’exigence plastique, la violence graphique et l’absence d’ambivalence morale.
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