La chaine américaine FX s’est spécialisée dans les shows à personnages charismatiques et puissants, ancrés dans un milieu professionnel très fort. Outre le retentissant The Shield, et le troublant Nip/Tuck, la chaîne cablée développe également FDNY : Rescue me, une série new yorkaise sur un groupe de pompiers, prenant place trois ans après les évènements du 11 septembre.

En l’état, le concept pouvait sembler opportuniste. Comment, en effet, ne pas présager de l’habituel pathos sur le sacrifice des soldats du feu, ne pas imaginer le refrain sur la victimisation du peuple américain après les attentats ?

Bien sûr, dans Rescue me, le traumatisme transparait.

Mais les pompiers dont il est ici question gardent le sourire.

En fait, Rescue me est une comédie. Ou pas. Car Rescue me est un drame. Quoique non. Rescue me est une oeuvre de Peter Tolan et Denis Leary. Un bijou télévisuel habile, roublard, pernicieux et vachard. A l’image de son auteur, donc.

Car Rescue me est un show de, par, avec, sur Denis Leary. Pendant quelques épisodes, on craint le narcissisme. Il faut dire que Denis s’aime beaucoup. Il se met en scène sans vergogne. Mais très vite, Narcisse vire maso. Parce que le gaillard est un auteur redoutablement intelligent, et surtout, diablement charismatique.

Denis Leary est un phénomène en soi. Le créateur du show aura été musicien, comédien, aura fait du stand up. Il construit son personnage sur des balbutiements, des mimiques.

Le spectateur n’est ainsi jamais rassasié de son personnage : Tommy Gavin, pompier alcoolo, menteur, tricheur, mais burné comme pas deux et immensément touchant. 3 ans après les attentats, il cotoie chaque jour des fantômes, est en instance de divorce, et voit son microcosme familial s’effondrer.

Alors, il surnage, jour après jour. Il survit, comme survivent ses compagnons de caserne. Le 11 septembre a eu une place unique dans leur vie, et conditionne chacun de leurs actes. Pour autant, on en parle très peu. On sort, on couche, on sauve des vies, on en perd au passage. Gavin mène le bal. Il est odieux, mais tellement humain.

Il est presque impossible de décrire sur le papier le ton du show. On pourrait le croire sinistre, mais il n’en est rien. On y rit de bon coeur. Et quand le drame survient, il n’en est que plus touchant.

Rescue me est une image du quotidien après un traumatisme. Quand on continue, tout en sachant que rien ne sera plus comme avant.

C’est aussi un miroir tendu à l’Amérique, à son idolatrie, à son hyprocrisie.

Les fire fighters courent après leur statut de héros, tout en sachant que ce n’est qu’un feu de paille. Ils ne sont plus intouchables. Les héros ont retrouvés leur condition d’hommes. Ni meilleurs, ni pires que les autres.

Et c’est de ces hommes dont parle Rescue me.

Les séquences d’incendie ne durent d’ailleurs que quelques minutes dans chaque épisode. Elles sont accessoires.

Le principal, c’est Gavin et son équipe. Franco, Garrity, le probie, Jerry, Ken.

Le coeur d’un show écrit avec les tripes.