Fenêtre sur cour
Par Greg LAUERT le mardi, mai 8 2007, 16:50 - Humeurs et cinéma - Lien permanent

Tout a été dit sur Hitchcock ; son sens du découpage, sa maitrise du montage alterné, les racines du suspense.
Mais on évoque finalement assez rarement le sens de la comédie du maître, son goût du récit désuet, et la légèreté de certaines de ses œuvres.
Au delà des véritables comédies comme Mais qui a tué Harry ?, c’est dans un de ses films les plus connus, Fenêtre sur cour, que l’on trouve sa meilleure exploitation du genre romantique.
James Stewart, le fiancé de l’Amérique chez Capra ou Lubitsch, comédien génial mais binaire revenu quelque peu aigri de la seconde guerre mondiale, interprète un photographe immobilisé dans un fauteuil, guettant ses voisins et soupçonnant un crime.
La suite a été mainte fois discutée.
Mais le récit tire une grande partie de sa force de son intrigue secondaire, soit Grace Kelly, riche héritière, qui tente de pousser le baroudeur qu’est Stewart au mariage.
Kelly, dont on se remémore sans mal le sex-appeal, n’a jamais vu son personnage si bien exploité que dans cette œuvre. De fait, elle révèle un magnifique talent.
Charmante, décisive, fébrile, elle est un magnifique contrepoint au personnage monocorde du grand Jimmy Stewart.
Pour un peu, Hitchcock côtoierait Wilder, dans cette œuvre urbaine, lorsque Grace Kelly s’impose pour des dîners romantiques dans l’appartement décati.
Chez Hitchcock, bien souvent, les personnages se définissent dans le mouvement, dans la fuite par exemple.
Fenêtre sur cour est une exception, dans le sens où l’intrigue policière est par instant mise entre parenthèses pour permettre le marivaudage.
Alors, les deux comédiens s’offrent des scènes charmantes, dans une œuvre acide sur l’inclinaison des hommes à l’indépendance.
Et le cinéaste, dont on sait qu’il appréciait particulièrement cette œuvre dans une filmographie avec laquelle il n’est pourtant pas tendre, révèle une autre facette.
L’humour a toujours été partie prenante à son œuvre. Mais Fenêtre sur cour révèle un humour moins macabre.
Quand le suspense s’allie au charme, l’œuvre majeure de Sir Alfred mérite une révision.
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