Après le succès d’estime de son slasher français, Haute Tension, Alexandre Aja (enfant de la balle, puisque fils d’Alexandre Arcady) a été approché par Wes Craven pour tourner un remake de son survival : La colline a des yeux.

Fait surprenant et suffisamment rare pour être relevé, le remake apparaît d’emblée supérieur à l’original. Moins pour son exécution, somme toute assez classique, que pour sa portée politique.

Parce qu’il y a bien longtemps que l’on avait pas vu en salle un film de genre aussi ouvertement politisé. Beaucoup ne relèveront pas le sous texte, et même pour ces derniers, l’œuvre s’avèrera agréable, mais c’est dans son propos que le film trouve sa véritable valeur.

Dès l’exposition, la famille perdue, victime à venir, se révèle bicéphale, et représentative du peuple américain. Le père est républicain convaincu, armé, volontaire. Le gendre est démocrate, progressiste, laxiste. Perdus dans un univers hostile, dans une nature sauvage, ils symbolisent l’Amérique. Les assaillants, famille victime d’essais nucléaires sur le territoire américain, sont la représentation d’une certaine mauvaise conscience du peuple. Dans le contexte politique actuel, ils désignent le terrorisme, la rancœur haineuse prête à frapper sur le sol du « pays de la liberté ».

Et au fil de la narration, on découvre que tout le film n’est qu’une métaphore de l’histoire politique contemporaine des Etats Unis.

Les protagonistes, indépendamment de leur couleur politique, sont catholiques, et prônent les valeurs familiales. Ils affichent une certaine candeur, face aux actes du gouvernement, comme les essais nucléaires dans le désert par exemple.

Leur culpabilité est liée à leur ignorance. Ils sont donc agressés, subissent un temps, puis répondent à l’assaut.

Au fil du récit, le démocrate devient belliqueux, et lorsqu’il attaque à son tour, il ne se contente plus de tuer, mais massacre.

Ainsi, quand il tue un des mutants du désert, c’est en lui plantant un pieu dans la tête. Comme l’armée américaine ne se contente pas d’une balle pour tuer Zarquaoui, mais envoie l’artillerie lourde sur sa planque avec ses B-52.

Se pose alors la question du seuil de violence, et de la justification des actes.

Dans le film, comme dans le contexte politique actuel, la meilleure ligne de défense s’avère l’attaque.

Certains éléments émaillant l’œuvre, comme cette prière avant la séparation ou le drapeau américain utilisé comme arme, laissent à penser que le parallèle était volontaire.

Ainsi, un duo de cinéastes français (Aja/Levasseur, ce dernier étant crédité à la direction artistique et à l’écriture) force le public américain à observer ses actes, à prendre conscience de la matérialisation de sa violence.

Et prouve au passage, après Le Village de Night Shyamalan, que le cinéma politique américain a définitivement pris les traits du film de genre.