Avec sa nouvelle œuvre, Guillermo Del Toro offre deux films, ou deux points de vue. La guerre, la réalité, et son contraire, le merveilleux, et l’onirisme.

Une petite fille est témoin des atrocités de la guerre d’Espagne suite à la victoire des franquistes.

Dans le monde réel, son beau père est un militaire sanguinaire, et sa mère une victime. Dans le pendant imaginaire qui prend le pas sur sa réalité, elle est bien entendu fille d’un roi ou d’une reine. Plutôt que d’opter pour une démonstration académique et un discours abêtissant sur l’enfance et ses merveilles, le réalisateur mexicain opte pour une approche très directe, primaire, du récit.

Les actes de guerre sont proprement atroces, et le monde merveilleux ménage également son lot d’horreurs, de jugement et de trahisons. Il ne s’agit en aucun cas d’un conte de fée moralisant à offrir à tous publics.

Le film tire sa force de sa crudité, quitte à rester opaque aux plus jeunes.

De fait, les deux récits ne se rejoignent qu’en toute fin de métrage, ce que l’on pourra juger dommage.

Mais qu’importe, parce qu’indépendamment, les deux univers sont fabuleux.

Sergi Lopez campe un militaire des plus convainquant, à la fois subtil et d’un sadisme sans nom. Il habite chaque scène, et son personnage reste toujours cohérent, même dans ses actes les plus barbares.

Dans l’univers fantastique, on notera une scène fabuleuse avec un ogre, dénommé Paleman. Parce que si les deux univers ne se rejoignent que très tardivement, leur antagonisme est bien cultivé tout au long du métrage. S’il y a privation d’un côté, il y a tentation de l’autre. S’il y a un espoir dans le monde réel, celui ci s’effondre dans le monde de Pan.

Del Toro cultive une obsession, celle de l’interprétation de la mort. Le monde du labyrinthe est un extrapolation du monde des morts. Un univers fantasmagorique, dans lequel les plus démunis pourront trouver la paix, quand le monde des vivants ne leur réserve que la guerre.

Conte morbide, plutôt que conte de fée, le Labyrinthe de Pan est définitivement une œuvre surprenante.