2h20 de film. 2h20 tellement intenses qu’on croirait avoir vu une œuvre d’une heure à peine.

Pourtant, comme on pouvait s’y attendre, Miami Vice déçoit.

Trop court, et trop dense à la fois, trop elliptique par instant, il ne semble pas avoir la portée des plus grands films de Michael Mann.

Mais si l’on prend quelques instants pour revoir ses ambitions à la baisse, force est de constater que l’on se tient face à un nouveau monument du cinéma contemporain.

Comme beaucoup de grandes œuvres, ses films s’apprécient au fil des révisions. Collateral n’a pas la même force évocatrice à la première qu’à la troisième vision. Parce que son auteur cherche à glaner la quintessence du polar, dans un ciel nocturne, dans un reflet sur une arme, dans une conversation sur une bande d’arrêt d’urgence.

Mann évolue depuis Heat en flux tendu, en perpétuelle recherche, révisant la forme pour servir un fond invariable, soit le culte du professionnalisme, les arcanes du crime, la connivence du criminel et du flic. Miami Vice ne déroge en rien à cet axe de travail.

La frime, les plages et les costumes pastels du matériau de base sont oubliés, du moins modernisés.

Les deux flics mis en scène se construisent dans le silence, dans la violence la plus sèche. Et c’est dans le traitement de cette violence que Mann semble avoir évolué.

Miami Vice, c’est l’anti Bad Boys. Du cinéma adulte, où l’on tire à balle réelle, quitte à assourdir son spectateur. La violence révulse et tétanise à la fois.

Dans un digne prolongement de Collateral, Mann signe un polar pur et dur, sans concession.

Mais l’on en vient d’ailleurs à regretter qu’il ne s’égare pas plus, qu’il ne digresse jamais.

Parce que dès les premières secondes, le spectateur est plongé au cœur de l’intrigue. Il n’y a guère d’exposition, les personnages se construisent dans l'action, et on pourra aisément les juger sous-écrits, esquissés.

Dans Heat, après la découverte d’un corps mutilé, Vincent Hanna retrouvait sa femme pour une conversation sur ses démons, sur son goût de la traque, son attrait du mal, sa nature asociale.

Il n’y a rien de tout cela dans Miami Vice. L’intrigue domine. Le film a été dégraissé.

Et ce sont les comédiens qui souffrent. Si les seconds rôles sont fabuleux, Jamie Foxx et surtout Colin Farrell peinent à exister. Le second se révèle vite trop jeune pour le rôle proposé, avec sa petite trentaine d’années, et Mann ne réitère pas la performance de son film précédent, qui avait réussi le tour de force de plier l’icône Cruise.

L’avenir et de multiples révisions nous permettront de juger si Miami Vice est un simple blockbuster adulte et haut de gamme, ou le nouveau standard du polar moderne.

Quoi qu’il en soit, on ne saura lui contester son intégrité dans l’œuvre du plus grand auteur du cinéma américain encore en activité.