Pour n’importe quel autre cinéaste, on parlerait de maturité. Pour Steven Spielberg, après une carrière de plus de trente ans, et un virage radical amorcé dans les années 90 avec La liste de Schindler, le terme apparaît éculé.

Munich est donc un autre grand film mature du cinéaste le plus connu au monde.

Contrairement à ce que pourrait laisser croire le titre, il ne s’agit pas là d’aborder les attentats de Munich de 1972, mais uniquement leurs conséquences. Les évènements ne sont traités qu’en furtifs flash-backs, et toute la narration se concentre sur la traque des responsables.

De fait, on aurait pu craindre un point de vue radical du cinéaste, juif, et engagé dans la reconnaissance des drames ayant trait à sa communauté. Mais celui ci aura eu l’intelligence d’éluder tout parti pris nationaliste ou vindicatif pour ramener le récit à hauteur d’homme.

De grand homme. A savoir Eric Bana, agent du Mossad, fils de héros, improvisé vengeur de la cause israélite. Celui ci, dont le talent avait été largement entrevu dans Chopper, voir dans Troie et La chute du faucon noir, explose ici dans un rôle laissant entrevoir son humanité et son charisme.

Au fil de ce parcours sanglant, Spielberg développe une passionnante réflexion sur la spirale de la violence, sur le meurtre en appelant un autre, sorte de parabole des relations israélo-palestiniennes depuis la fin des années 40. Et si tragédie il y a, elle est bien entendu contée de main de maître, avec un sens de la mise en scène et de la narration toujours inouï de virtuosité.

Depuis Duel, et plus sûrement depuis Jaws, Spielberg a toujours été un exceptionnel narrateur, sachant, en une poignée de plans, tirer toute la substance d’une situation.

Quand une grande mise en scène se trouve associée à un propos aussi intense, on est indéniablement en présence d’un grand film.