The man who wasn't there
Par Greg LAUERT le mardi, décembre 5 2006, 15:45 - Humeurs et cinéma - Lien permanent

Les frères Coen construisent depuis les années 80 une œuvre unique, à la fois cohérente, et très diversifiée.
A chaque long métrage, ils semblent vouloir évoluer dans un genre cinématographique différent, explorer un univers vierge (O’Brother), ou au contraire très codé (Miller’s Crossing).
Ecrivant eux même leurs films, ils développent une sensibilité qui leur est propre, quelque part entre drame du quotidien et intonation burlesque.
Certains comédiens, comme John Goodman, Steve Buscemi, ou Frances Mc Dormand, font d’ailleurs office de fil d’Ariane, liant les films de par leurs apparitions.
The man who wasn’t there (un titre infiniment plus révélateur que The Barber) est l’œuvre la plus poétique des frères Coen.
C’est un film bouleversant, sur une poussière dans un mécanisme, sur un homme qui tente, un instant seulement, de s’extraire d’un quotidien trop lisse. S’ensuivront malheurs et drames.
Et Billy Bob Thornton traverse majestueusement le métrage, à la fois invisible et brillant. Les frères Coen écornent la vision idyllique de l’Amérique des années 50, évoquant au passage la paranoia du peuple.
Cette vie parfaite du barbier, dans une petite ville parfaite, dans un contexte si feutré, va peu à peu voler en éclat.
Et le duo de cinéastes ne cède jamais à la démonstration.
Il n’y a pas de cri pour accompagner le drame. Billy Bob vogue sur le drame comme il flottait sur le bonheur, placide.
En résulte une œuvre pudique et traumatisante à la fois.
The man who wasn’t there n’est pas une comédie. L’humour peine à trouver sa place au sein de ces images superbes de Roger Deakins. Epure, et rigueur sont de mise.
Les sonates de Beethoven accompagnent cette lente déchéance, ce récit d’un virage qui n’est pas sans évoquer celui d’un autre placide, le Barry Lyndon de Stanley Kubrick.
Les frères Coen, dont on pensait depuis Barton Fink au moins, qu’ils avaient atteint leur pleine maturité artistique, franchissent un nouveau palier.
The Man who wasn’t there a un gout d’absolu, le parfum d’une oeuvre supérieure, et donne une impression de complétude. On peut douter du fait que Joel et Ethan parviennent jamais à retrouver une telle grâce à l’avenir.
Commentaires
J'ai du mal à adhérer à ta vision de ce film car il ne s'agit pour moi que d'une vaste blague justement.
La fin, notamment, est à cet égard exemplaire - je sais être minoritaire, mais il me semble évident que tout se qui vient de se dérouler sous nos yeux n'a jamais eu lieu, Thornton rêvassant sur sa terrasse comme il rêvasse lorsqu'il coupe les cheveux de ses clients.