Truands
Par Greg LAUERT le mardi, janvier 23 2007, 13:51 - Humeurs et cinéma - Lien permanent

Frédéric Schoendoerffer construit une œuvre exigeante, explorant différents milieux avec un regard aussi détaché que possible. Truands est son incursion dans le grand banditisme. Il s’agit de son œuvre la plus violente, mais peut être aussi de la moins rigoureuse. Parce que pour la première fois, le cinéaste flirte avec le romanesque, cède à la tentation du cinéma spectacle, et s’écarte de sa ligne de conduite.
Scènes de crime et Agents Secrets refusaient toute compromission, allant jusqu’à se départir d’une structure narrative classique. Truands ne s’engage pas dans la même voie.
Le film est sec, austère, percutant, mais il n’a pas tout à fait ce même parfum d’authenticité.
Les comédiens sont excellents, surtout Caubère, qui vampirise chaque scène, impose sa violence et son ambigüité.
Pour une réussite toute relative.
Parce que, dans un premier lieu, le personnage de Benoit Magimel apparaît trop fantasmé. Ce tueur à gages semble directement hérité d’un polar de Melville. Or, Melville ne parlait pas de gangsters, mais de son idéal du gangster.
Ensuite, Truands évolue dans une zone balisée, et le poids des références, même involontaires, se fait sentir. Quand Magimel surprend la femme de son ami en plein adultère et la menace, on pense à Heat de Michael Mann. Quand Ricky s’emporte et crée le drame dans un club, le cinéaste semble évoquer Carlito’s Way.
Alors, malgré la sècheresse, malgré la violence, les truands de Truands semblent évoluer parmi ceux dont le cinéma américain nous abreuve fréquemment.
Le film de Schoendoerffer n’est donc pas le film de gangsters unique et totalement original que l’on nous promettait.
Il n’en demeure pas moins un bon polar, porté par une belle envie, et de superbes comédiens.
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